Chaque mois, nous mettons en lumière sur ce blog l’histoire d’une maman qui nous touche et nous inspire, autant de portraits que de leçons de vie pour nos quotidiens de femmes et de mères. Juliette, auteur du blog Jenesaispaschoisir.com et maman d’un petit garçon de 18 mois, a accepté de nous parler de sa relation avec son corps depuis la mastectomie qu’elle a subie il y a un an pour échapper au cancer du sein.
Ça a été les deux à la fois. Ce n'est pas simple de se dévoiler ainsi, c'est une épreuve qui touche à l'intimité et au corps. J'avais peur d'être considérée comme « la blogueuse qui a eu un cancer » et d'être enfermée dans cette case. La maladie fait partie de mon histoire mais ne me définit pas. En parallèle, j'avais besoin que ma maladie ne soit pas « vaine », qu'elle puisse être utile à d'autres femmes. Suite à mes différents posts, j'ai reçu beaucoup de messages privés, de femmes qui se sont décidées à aller consulter parce qu'elles avaient un doute mais laissaient traîner les choses, mais aussi de femmes opérées qui m'ont dit que ça les avait aidées à se percevoir différemment. Ça a donné un « sens » à ce que j'avais vécu. Et puis j'ai aussi reçu énormément de commentaires bienveillants, d'encouragements, ce gros élan de sororité m'a fait un bien fou !
Le plus compliqué, ça a été de gérer la peur entre la biopsie et l'annonce du diagnostic. J'ai tout imaginé et ma plus grande angoisse était de ne plus être là pour mon fils. Quand j'ai enfin reçu le coup de fil de ma généraliste, j'ai presque été soulagée : oui, j'avais un cancer, mais il était à un stade très peu avancé, j'allais survivre et voir mon enfant grandir. On allait « juste » m'enlever un sein : si c'était le prix à payer pour continuer à profiter de lui et de la vie, ça n'était pas si terrible.
Non, côté allaitement, ça n'a rien changé : il me restait un sein et c'est suffisant pour nourrir un enfant. Je ne voulais pas que la maladie m'enlève ça, ce lien unique qu'on avait tissé depuis plus d'un an déjà. J'ai arrêté d'allaiter trois mois après mon opération, vers ses 18 mois, pour d'autres raisons. D'ailleurs, si j'ai un autre enfant un jour, je compte bien l'allaiter. Le corps est une formidable machine qui s'adapte à plein de choses !
Dans ma maternité, deux choses ont changé toutefois : je me suis promis de profiter encore plus de chaque instant avec Louison, mais aussi de m'accorder du temps, de retrouver une vie en-dehors de ma vie de maman.
J'ai décidé de prendre soin de moi : je me suis mise au yoga, chose que je repoussais depuis des années. Et pour le reste, ça n'a pas changé grand-chose : j'ai très rapidement accepté mon nouveau corps. Ma généraliste a prononcé une phrase qui m'a énormément marquée et qui m'a, je pense, aidée à bien vivre cette mastectomie. Avant l'opération, je lui ai demandé si ça serait moche, et elle m'a répondu : « Quand je vois le corps d'une femme qui a été opérée, je ne vois pas un sein en moins, je vois une vie qui a été sauvée ». Ça a tout changé en moi. Quand je vois ma cicatrice, je vois la vie, la guérison, l'espoir. Je vois la chance que j'ai d'avoir été soignée par des gens exceptionnels, d'ouvrir les yeux chaque matin pour voir mon fils s'épanouir.
Avant mon opération, je suis allée chercher des photos sur Internet, j'avais besoin de voir à quoi j'allais ressembler et je me suis rendu compte que je n'avais jamais vu de corps de femmes ayant eu une mastectomie. Ce ne sont pas des images qu'on voit tous les jours dans son flux Instagram et pourtant, le cancer du sein touche 1 femme sur 8. Cette cicatrice, c'est la réalité d'énormément de femmes. On parle beaucoup du cancer du sein mais on ne le montre jamais vraiment : les femmes se cachent avec des perruques et des prothèses parce que ça reste tabou et que la maladie fait peur. J'avais envie de la montrer telle qu'elle peut être. Et qu'on peut se sentir belle malgré ce sein en moins. (Voir l’article sur le blog de Juliette https://www.jenesaispaschoisir.com/2020/06/30/photos-amazone-mastectomie-cancer/)
Je ne lui cache rien : je lui ai tout expliqué au fur et à mesure pour le rassurer. Il a vu ma cicatrice très rapidement, quelques jours après mon opération. Souvent, quand il la voit, il dit « bobo » et me fait un bisou dessus. Je ne veux pas que ça soit tabou pour lui, qu'il perçoive ça comme quelque chose d'honteux. J'ai envie qu'il sache que tous les corps sont beaux, dans leur diversité.
D'être bien entourées, de ne pas hésiter à se faire aider par un psy ou d'intégrer des groupes de parole si elles en ressentent le besoin. Mon blog a été une forme de thérapie pour moi et même si j'en parle très librement aujourd'hui et qu'on me dit souvent que j'ai l'air de bien avoir vécu tout ça, il y a des moments plus difficiles et c'est normal. Je veux qu'elles sachent qu'elles sont fortes et belles. Qu'elles ne sont pas seules. Et que leur ressenti est valable, quel qu'il soit.
Pour suivre Juliette, découvrez son blog https://www.jenesaispaschoisir.com/ et son compte Instagram : @juliette_jnspc https://www.instagram.com/juliette_jnspc/
Louise Gautier, fondatrice de Lait’sens : se fier à son instinct pour masser son bébé
Louise est infirmière de formation, après ses grossesses elle a voulu se rapprocher des jeunes et futures mamans pour rompre leur isolement. Massage prénatal, bain et massage pour bébés, elle nous en dit plus sur sa pratique et le soutien qu’elle apporte aux mamans qu’elle rencontre.